Presents
— Les désirs s’enchaînent les uns aux autres, comme les rêves qui se succèdent pendant la nuit. Pour moi, il s’agit maintenant de savoir où aller.
Lange m’incite à ouvrir une porte. Il m’invite à choisir une carte de tarot dans le tas posé sur la table. Il est serein. J’hésite à répondre. Puis, je sors une lame. Dubitatif, mais en attente de réconfort, je la retourne à plat. Et, restant toujours à demi crédule, j’attends de lui une explication.
— Tu as le choix ! L’amoureux est un homme affranchis. Les possibilités qui s’offrent à lui sont nombreuses. Mais le nombre a le pouvoir de l’illusion, et de maintenir l’homme dans l’indécision. Passé, futur, seuil et présence règlent tes pas. Ils sont aussi réels que la clarté de cette lumière. Tout en parlant et d’un large mouvement de son bras gauche, Lange esquissa une ellipse dans la pièce. Mais ils demeurent en toi, sous ton propre commandement. Pour avancer, librement, l’amoureux doit choisir une voie. La voie qui sera la tienne dépendra de ton seul choix, celui que tu accepteras en toute conscience, comme une évidence. La bonne volonté est pourvoyeuse de grâces, dit-il en me rassurant.
— J’irai probablement en Inde, dis-je, encore faiblement. Je parlais avec la voix nouée, tandis que Lange irradiait d’un bonheur certain, une tranquillité active qui me fit sourire.
Tous nos actes sont conditionnés par la mémoire et les habitudes, mais à certains moments et de manière spontanée éclair d’intuition, prise de conscience ou révolte vont nous permettre de sortir brusquement d’une infinité de gestes répétitifs. J’eus besoin de trouver encore quelques secondes pour réfléchir et répondre. Lange était dans l’expectative, garant d’un silence fécond.
— Oui, affirmais-je d’un ton résolu, je pars pour l’Inde !
Un soir chez Lange. Charles Horace
(d'autres extraits sur http://charleshorace.blogspot.com)